art et prison

Fondements juridiques et philosophie

Le droit des détenus à l’art et à la culture

Depuis le début des années 1980, des associations développent des activités en prison, sans que les droits des détenus y soient définis. C’est l’entrée en vigueur de la Loi de principes du 12 janvier 2005 , ou Loi Dupont, qui constitue l’avancée la plus importante en cette matière : en accordant un statut juridique interne (c’est-à-dire au sein de la prison) au détenu, en précisant les objectifs de la peine (réparation, réinsertion) et les modalités de son exécution, cette loi met fin au vide juridique qui caractérisait la vie en prison.
Le droit pénitentiaire belge répond désormais au principe de légalité, prescrit par le Conseil de l’Europe. Les droits de l’Homme peuvent, enfin, ne plus s’arrêter aux portes de la prison.
La Loi de principes affirme que les personnes détenues ne sont privées que de leur liberté de mouvement. Pour le reste, elles demeurent des citoyens à part entière , jouissant des droits fondamentaux compatibles avec la privation ou la limitation de liberté.

Le droit des détenus aux activités artistiques et culturelles trouve ses racines dans la Déclaration universelle des droits de l’homme(1948) , qui stipule que « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer (…) aux bienfaits qui en résultent. »
Dans ses articles 76 à 80, la Loi de principes envisage ce droit dans le cadre, plus large, des « activités de formation et de loisirs », dont font notamment partie l’enseignement, l’alphabétisation, la formation professionnelle, … mais aussi la formation socioculturelle et les activités créatives et culturelles.
Cependant, en vertu du principe de l’autonomie de chaque niveau de pouvoir au sein du système institutionnel belge, la Loi de principes fédérale peut seulement prévoir que l’Administration pénitentiaire veille à ce que le détenu ait un accès aussi large que possible à l’ensemble des activités proposées , en vue de son épanouissement et dans le cadre de sa réinsertion.

Du loisir à l’acquisition de compétences

Comme le dit le Rapport général sur la pauvreté (Bruxelles, Fondation Roi Baudouin, 1994), la pauvreté culturelle est un facteur d’exclusion , plus encore que la pauvreté économique. De plus, pour la plupart des détenus, la découverte de l’art et de la culture a pour effet positif la reconstruction de l’image de soi (souvent délabrée).
Rencontrer un artiste est une occasion pour eux de créer un lien avec quelqu’un qui s’intéresse à leurs capacités et à leur potentiel plutôt qu’à leurs déficiences.
La production d’une œuvre personnelle ou collective (sous la forme d’une exposition ou d’un spectacle, par ex.) stimule la créativité, favorise l’estime de soi et aide les participants à prendre conscience de leurs capacités à s’engager dans un projet jusqu’à sa réalisation.
La pratique de l’art et de la culture offre l’occasion aux détenus d’ acquérir des compétences . Utiles en prison, ces compétences s’avèrent primordiales à la libération, que ce soit sur le plan privé ou professionnel. Les activités culturelles agissent ainsi en complémentarité avec les activités éducatives classiques .
L’art et la culture en prison font donc bien plus que distraire les détenus : ils les libèrent de leurs pulsions négatives et donnent une voix à leurs souffrances en transformant celles-ci en désir de créer pour soi et pour autrui, cassant ainsi le cycle de la criminalité et de la peur. Bref, ils donnent aux détenus l’occasion de se réaliser en tant qu’êtres humains.

Un obstacle à la sécurité ?

Si les programmes culturels sont souvent encouragés par les services pénitentiaires et les ministres, ils sont régulièrement mis de côté par le personnel pénitentiaire qui estime cet apprentissage contraire à la discipline ou à la sécurité, à la faveur de programmes de formation/emploi qui leur semblent plus immédiatement « utiles » mais qui provoquent aussi moins de changements en profondeur dans la personne du détenu.