art et prison

Recommandations aux autorités compétentes

Le droit des détenus à l’art et à la culture

La place actuellement réservée à l’art et à la culture en milieu carcéral est minime, malgré les effets bénéfiques que ceux-ci produisent sur l’épanouissement du détenu, sur les conditions de détention, sur la réalisation du plan de détention, sur l’acquisition de compétences et sur une réinsertion sociale durable.

- Le Réseau insiste pour que le ministre de la Justice et l’Administration pénitentiaire veillent à ce que tous les détenus puissent exercer pleinement leur droit « aux activités de formation et de loisirs » et, plus strictement, leur droit à « la formation socioculturelle et aux activités créatives et culturelles », tel que prévu aux articles 76 à 80 de la Loi de principes du 12 janvier 2005.

- Il recommande aux autorités fédérales et fédérées (ces dernières étant compétentes dans les matières culturelles) de conclure un accord de coopération permettant de faciliter l’accès des intervenants artistiques et culturels au sein des prisons et aux détenus d’en bénéficier effectivement.

- Il demande aux ministres et aux départements qui ont des compétences culturelles :

  • de reconnaître les détenus comme un public cible ayant des besoins culturels spécifiques  ;
  • de développer (en partenariat avec les opérateurs culturels présents en milieu pénitentiaire) et de financer des programmes permettant aux détenus, dans le cadre de leur parcours d’insertion, d’ accéder à un maximum d’activités artistiques et culturelles de qualité , telles que proposées à tout citoyen dans la société libre.

Les agents pénitentiaires

Souvent sous pression, principalement à cause de la surpopulation carcérale, les agents ont peu de temps pour s’investir dans l’organisation d’activités. Certains d’entre eux, pourtant, sont vivement intéressés et motivés par celles-ci.

- Le Réseau propose à l’Administration pénitentiaire d’ aménager le temps de travail des agents qui voudraient s’impliquer dans l’organisation d’activités artistiques et de leur laisser la possibilité de participer à des activités organisées à leur attention, parallèlement à celles destinées aux détenus.

- Il suggère au ministre de la Justice et à l’Administration pénitentiaire que la dimension « art et culture en prison » soit abordée dans le cadre de la formation initiale et continuée des agents.

Les intervenants extérieurs

En prison, les intervenants extérieurs ne bénéficient pas toujours des informations, du soutien moral et des conditions matérielles nécessaires pour réaliser leurs projets de manière optimale.

- Le Réseau demande à l’Administration pénitentiaire et aux directeurs de prison de faciliter la réalisation des activités artistiques et culturelles en collaborant avec les intervenants extérieurs, notamment :

  • pour informer clairement les détenus de toutes les activités qui existent au sein de la prison, de leurs objectifs et de leur contenu ;
  • pour construire dans les prisons un environnement participatif où la créativité est encouragée ;
  • pour faire connaître et diffuser extra-muros les créations artistiques conçues en milieu carcéral ;
  • pour créer des interactions entre les activités culturelles intra-muros et celles organisées hors de la prison.

- Il recommande aux directions des prisons :

  • d’apporter aux intervenants extérieurs, préalablement à leur intervention, toute information utile quant aux règles et aux coutumes de la prison ;
  • de leur fournir une assistance (via un référent interne éventuellement), afin d’établir et de maintenir des contacts harmonieux avec le personnel de la prison et de franchir plus facilement les obstacles rencontrés dans le cadre du travail intra-muros.

- Il insiste, conjointement auprès du ministre de la Justice, de l’Administration pénitentiaire et de la Régie des Bâtiments, pour que la configuration des bâtiments pénitentiaires soit repensée, de manière à ce que des espaces adéquats et en nombre suffisant soient réservés aux activités artistiques et culturelles, afin que celles-ci se déroulent dans de bonnes conditions.

- Il propose que les départements compétents dans les matières culturelles soutiennent les animateurs afin que ceux-ci bénéficient de lieux d’information, de formation, d’échange et de supervision leur permettant d’approfondir leur expertise, notamment quant aux techniques, pratiques et enjeux de la création artistique en milieu carcéral et quant aux besoins spécifiques des détenus (compte tenu du contexte social, économique et culturel dont ils sont issus).

L’information, la concertation et la coordination entre acteurs

Dans un établissement pénitentiaire, concilier les impératifs sécuritaires et les activités qui relèvent de la réinsertion n’est pas une tâche aisée. La difficulté majeure tient au fait que les actions des intervenants extérieurs sont souvent réalisées sans considération pour le travail des agents pénitentiaires.

- De manière générale, le Réseau demande au ministère de la Justice et à l’Administration pénitentiaire de prendre les mesures permettant un meilleur équilibre entre les impératifs sécuritaires de l’institution et les besoins des détenus .

- Il recommande aux autorités compétentes de favoriser la mise en place de lieux d’information et de rencontre ,

  • réunissant le personnel pénitentiaire, les intervenants extérieurs et éventuellement des représentants des détenus
  • afin d’échanger sur les objectifs, les enjeux et l’organisation des projets culturels au sein de la prison, mais aussi d’évoluer par rapport aux représentations négatives que les intervenants ont les uns des autres.

- Il souhaite également qu’avant de mettre en place une activité artistique ou culturelle, la direction de chaque prison prenne l’initiative d’établir, entre tous les acteurs, un contrat clair réglant dans les détails l’organisation de l’activité.

- Enfin, il propose que le ministre de la Justice et l’Administration pénitentiaire veillent à désigner, dans chaque établissement, une personne de référence interne à la prison, qui coordonne les ateliers et qui serve d’interface entre les divers acteurs ;
il insiste pour que cette fonction soit exercée par des personnes exclusivement en charge de ces tâches , de préférence par des éducateurs pénitentiaires (dont le cadre, n’est malheureusement plus renouvelé).